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Il y a ces traversées des Alpes, randonnées de plusieurs semaines où temps et géographie s’entremêlent de manière étrange dans une expérience corporelle et de rêverie. Il y a ces traversées transocéaniques de plusieurs mois en voilier où questions et émois intérieurs résonnent aux rythmes et lumières du monde. Il y a ces traversées entre pays ennemis ou la tension, l’urgence, le danger, la peur font trembler les corps et garder l’effroi au dedans. Il y a aussi ces traversées intérieures où l’on s’improvise équilibriste entre les rives du temps, entre soi et soi.
Pour chaque expérience il y a un point de départ connu, que l’on peut nommer et dont on a une trace dans sa mémoire. Puis il y a un point d’arrivée, plus ou moins abstrait que l’on peut juste imaginer. Entre les deux il y a le parcours, habité du désir ou de la nécessité d’aller dans l’inconnu, de partir d’ici, d’aller vers, une ouverture à sentir cet inconnu mystérieux de l’entre-deux.
C’est ce même processus de traversée qui habite le processus d’art-thérapie, que ce soit dans le regard de l’art-thérapeute ou des personnes accompagnées. Un point de départ : un questionnement, une insatisfaction, une souffrance, un manque à vivre, un désir. Un point d’arrivée : un espoir imprécis, imaginé. Et une traversée entre les deux, une expérience qui ne prend sens qu’à la vivre.
Les traversées offrent et demandent des qualités humaines essentielles à la santé et au développement humain : ouverture à rencontrer l’imprévu, capacité de supporter la surprise et le non-savoir, capacité d’être traversé d’émois sans en être renversé, aptitude à être traversé par le processus de la vie qui cherche, se développe, ose, se risque au changement, à la métamorphose.
Traverser et être traversé, deux azimuts du processus art-thérapeutique.
Jacques Stitelmann et Soômi Dean